exceptionnellement record-of-life donne un nom.
Qu'est ce qui a fait que vous soyez dans l'édition ?
Je suis à la base journaliste-rédacteur spécialisé dans le rock. À ce titre, j'avais contacté les éditions Camion Blanc en 2005 pour leur proposer d'écrire un livre sur le groupe Slipknot. Au fur et à mesure de mes contacts avec le gérant, celui-ci a été intéressé par mes connaissances en musique, mon carnet d'adresses et mon sérieux dans le travail. Il m'a donc finalement proposé d'être directeur de collection de Camion Blanc, un poste qui s'est mué récemment en directeur d'ouvrage, mais qui correspond au même type de travail...
Et pourquoi cette maison d'édition ?
Je connaissais Camion Blanc pour ses ouvrages sur des artistes ou des sujets que j'apprécie tout particulièrement : Joy Division, The Cure, Death in June, Sisters of Mercy, la new-wave... C'est quasiment le seul éditeur français à sortir des ouvrages sérieux et de qualité sur de tels sujets. De plus, un ami à moi avait écrit un livre pour Camion Blanc (« Génération Extrême ») et m'a conseillé de les contacter.
Pourquoi avoir choisi cette voie ?
J'ai toujours aimé l'écriture et la musique, et c'est devenu mon métier. Le fait d'écrire un ouvrage sur un groupe de musique était donc une suite logique de mon travail de journaliste, tout comme le fait d'être ensuite plus profondément impliqué dans le domaine de l'édition elle-même...
Depuis quand êtes-vous dans cette entreprise ?
Depuis juillet 2005 en tant qu'auteur, puis je suis passé directeur de collection vers la fin 2006.
Depuis quand votre maison d'édition existe-t-elle ?
Camion Blanc a été fondé en 1994 par Fabrice Revolon et Sébastien Raizer, afin d'éditer leur livre commun sur Joy Division.
Combien y a t-il d'employés dans cette maison d'édition?
Il n'y a pas réellement « d'employés », vu que chacun travaille à côté, en plus de son activité chez Camion Blanc. Nous sommes environ 5 à 6 directeurs et directrices d'ouvrages, qui cumulons les postes de chef de projet, relecteur-correcteur, maquettiste, attaché de presse, etc. Il y a également un gérant et une personne qui s'occupe de l'administratif à mi-temps. Chacun est payé à la mission, personne n'est réellement salarié...
Quel rôle avez-vous dans cette entreprise ?
Je suis actuellement directeur d'ouvrage, puisqu'il n'y a plus de directeur de collection depuis environ 1 an. Je gère les projets qui m'intéressent de A à Z, en autonomie quasi-totale, depuis le premier contact avec l'auteur jusqu'à la promotion de l'ouvrage final auprès des médias, en passant par les questions contractuelles, les éventuelles recherches iconographiques, la rédaction d'une préface, la relecture-correction du manuscrit, sa mise en page et son envoi à l'impression.
Combien de personnes décident si le livre sort ?
Deux : Fabrice Revolon (le dirigeant) et le directeur d'ouvrage concerné.
Qui lit les manuscrits que l'on vous envoie ? Et combien de personnes les lisent ?
Les manuscrits que l'on reçoit sont proposés aux différents directeurs d'ouvrages. Celui qui est le plus intéressé par le projet (et le plus disponible) demande alors à lire le manuscrit. Si le manuscrit lui plaît, il commence son travail. Mais il restera quasiment le seul à lire le manuscrit.
Est-ce que lors des entretiens d'embauches, on demande les connaissances qu'on a sur le monde de la musique?
Il n'y a pas d'entretiens d'embauche. Les gens qui travaillent pour Camion Blanc ont été recrutés parce qu'ils étaient des activistes dans les milieux de l'écriture et de la subculture, et qu'ils sont entrés en contact avec Fabrice Revolon d'une façon ou d'une autre... Ce ne sont pas réellement des employés mais des collaborateurs.
Quelle est votre meilleure vente ?
C'est le livre Les Seigneurs du chaos, sur le black metal satanique. Mais plus récemment, c'est aussi l'Anthologie du hard rock de Jérôme Alberola.
Avez vous déjà refusé d'éditer un livre ?
Cela nous arrive régulièrement, si le projet ne nous paraît pas suffisamment porteur ou de bonne qualité.
Combien de temps faut-il pour écrire un livre ?
C'est très variable : cela dépend de la disponibilité de l'auteur et de sa méthode de travail. Cela peut varier de 6 mois à 3 ans !
Combien de temps mettez-vous pour sortir un livre ?
Là aussi, c'est très variable : cela dépend de la disponibilité du directeur d'ouvrage, de son rythme de travail, du nombre de projets en cours, du nombre de pages et de photos de l'ouvrage... Là aussi, cela peut varier entre 3 mois et 1 an.
Est-ce que les écrivains qui écrivent la plupart des ouvrages ont un contrat avec vous ?
Bien sûr ! Tous ceux qui travaillent pour Camion Blanc ont un contrat en bonne et due forme, qu'il s'agisse des auteurs, des photographes ou des directeurs d'ouvrage.
Et est-ce qu'ils sont obligés de sortir un quota d'ouvrages ou il ne s'arrête qu'à un seul ouvrage ?
Non : un contrat est établi pour un seul et unique ouvrage. Personne n'a d'obligation. Mais certains auteurs ont simplement plusieurs projets qui nous intéressent. Ou alors, le livre d'un auteur a si bien marché que nous lui recommandons de nous écrire un autre. Mais chacun est libre...
Qu'est ce qui vous permet de juger qu'un ouvrage est bon ? Sur quels critères vous basez-vous pour éditer un livre ?
Le style d'écriture en premier lieu : il doit être fluide, sans erreurs grossières, intéressant, documenté. Si l'angle choisi pour traiter la biographie est original, c'est encore mieux ! Ensuite, le sujet traité doit être également intéressant : soit il s'agit d'un groupe culte ou commercialement viable (mais qui s'accorde avec notre ligne éditoriale), soit il s'agit d'un thème qui nous intéresse (l'analyse d'un style musical rarement traité, par exemple).
Quels sont les connaissances qu'il faut pour séparer le vrai du faux sur les biographies qu'on vous envoie ?
On ne peut pas tout savoir sur tout, évidemment. Je pense posséder une bonne culture musicale pour me permettre de relever si il y a une erreur dans une biographie. Quand j'ai un doute à la lecture, je vérifie dans mes disques, mes livres ou sur Internet. Mais parfois, je ne relève pas nécessairement d'erreurs, et je fais confiance donc à l'auteur.
Est-ce que vous avez peur quand il y a un livre qui va sortir ? Peur qu'il ne se vende pas, ou autre ?
Les risques sont relativement mesurés : notre modèle économique nous permet d'être rentables assez facilement. Il nous arrive quand même de perdre de l'argent sur des ouvrages, mais le succès d'autres livres rattrape cela.... En outre, nous sortons tellement d'ouvrages différents tous les mois que nous n'avons pas le temps d'avoir peur ! Et puis, nous opérons une sélection de plus en plus stricte dans les projets, qui fait que nous avons à chaque fois confiance dans le potentiel de nos ouvrages. Un bon livre finit toujours par trouver son public, même s'il faut parfois plusieurs années pour cela !
Est-ce que vous organisez des séances de dédicaces ?
Cela nous arrive, mais c'est assez rare. En général, c'est beaucoup de temps et d'énergie utilisés pour un résultat souvent décevant. Mais peut-être que nous ne sommes pas assez bien organisés...
Sur quoi vous basez-vous pour le tarif du livre ?
Le tarif est calculé principalement en fonction du nombre de pages et des frais engagés dans la réalisation du livre (s'il a fallu payer un photographe ou non, si nous avons dû payer des droits de traduction). Cela dépend aussi des tarifs de l'imprimeur...
Est-ce que vous avez un ou des concurrents ?
Il y a bien évidemment d'autres éditeurs qui sortent des livres sur la musique, mais je ne pense pas qu'il y en ait un autre, en France, qui sorte des livres à un rythme aussi soutenu (2 à 3 par mois) sur des groupes aussi pointus ou sur des styles aussi extrêmes que ceux que nous sortons !
Est-ce que des enfants des employés lisent certains des ouvrages de votre maison d'édition ?
Nous ne sommes que deux ou trois à avoir des enfants chez Camion Blanc, et ils sont encore trop jeunes pour lire ce type de livres...
En étant dans l'édition, est-ce que vous lisez autre chose que les livres de votre maison d'édition?
Bien sûr ! Je lis d'autres livres sur le rock, ainsi que des ½uvres relevant du fantastique, de la science-fiction, des bandes dessinées ou quelques classiques de la littérature...
Avez-vous déjà côtoyé les personnes tirés des ouvrages ?
J'ai eu l'occasion d'en interviewer certaines, dans le cadre de mon travail de journaliste – comme les membres de Bauhaus, de Slipknot, Joy Division, Kas Product, Indochine ou Siouxsie & the Banshees, mais ce n'est pas allé beaucoup plus loin que ça...
Si oui qu'est-ce que vous en retenez ?
Que la plupart des artistes ne correspondent pas forcément à l'image que l'on se fait d'eux. C'est toujours un moment fort de rencontrer ses idoles, et ça se passe souvent très bien. Mais dans le cadre d'une simple interview, c'est quand même difficile de réellement connaître la personne en profondeur, même si cela permet de confirmer ou de compléter les impressions que l'on a pu avoir sur elle à la lecture de sa biographie.
Quels ouvrages voudriez-vous voir sortir ?
Je rêve d'éditer des livres sur d'autres de mes groupes cultes, comme New Model Army ou Killing Joke...
Avez-vous lu des livres de votre maison d'édition ? Si oui lesquels ?
J'en ai lu beaucoup : la liste serait trop longue. J'essaie d'en lire un maximum, même si je ne peux pas les lire tous. Il y a ceux sur lesquels j'ai travaillé (forcément), ainsi que d'autres sur des artistes ou des genres qui m'intéressent tout particulièrement.
Et lesquels avez-vous apprécié ? Et ceux éventuellement que vous n'avez pas apprécié ?
En dehors des ouvrages dans lesquels j'ai été impliqué, j'ai particulièrement apprécié les livres sur Bauhaus, Death in June et Joy Division, ainsi que « L'esthétique new-wave » et « Génération extrême ». Sinon, je n'ai pas lu de livre qui m'ait franchement déplu chez Camion Blanc...